Le carnet de Daniel Ducharme

Propos sur la lecture

Depuis le début de l’année, j’ai retrouvé un véritable élan pour la lecture. En réalité, je ne l’avais jamais vraiment perdu — du moins pas depuis plusieurs années — mais quelque chose a changé depuis janvier : j’ai doublé le nombre de livres que je lis chaque mois. Et j’ai l’impression que cette cadence va se maintenir, tant l’envie de lire s’est intensifiée ces derniers temps.

La lecture a toujours occupé une place importante dans ma vie, grâce à ma mère entre autres. Même si elle n’avait pas étudié au-delà du primaire, elle n’a jamais cessé de m’en vanter les vertus. Je me souviens très bien de ce qu’elle me disait : « Tu sais, Daniel, tu vas dépenser dix dollars pour aller au cinéma et, au bout d’une heure trente, il n’en restera rien. Alors que pour le même prix, tu peux acheter un livre que tu liras pendant plusieurs jours… »

En disant cela, je ne crois pas qu’elle cherchait à rentabiliser une activité culturelle ou à la chiffrer, même si la pauvreté matérielle pourrait laisser croire le contraire. Pour elle, c’était simplement une manière de souligner l’un des avantages de la lecture sur les autres formes de divertissement. D'ailleurs, la lecture est-elle un divertissement ? Pour certaines personnes, sans doute, mais pas pour moi : c'est un mode de vie.

À mon retour du Cap-Vert, en raison d'une préoccupation majeure qui consistait à gagner ma vie, notamment par la recherche incessante d'un emploi, j'avais cessé de lire des romans… pour recommencer quelques années plus tard, dans les années 2000. Cette période de ma vie ne figure pas parmi les plus agréables…

Malgré ce qui précède, parfois j'ai l'impression que cette boulimie de lecture constitue une fuite en avant, une manière d'oublier le monde réel. Et je ne suis pas loin de le croire… Pour oublier les conflits armés en Iran, en Ukraine, au Soudan, rien de tel que de se plonger dans la lecture de La roue du temps de Robert Jordan. En plongeant dans ce monde imaginaire, on ne pense pas au dérèglement du monde et, en un certain sens, ça contribue à diminuer l'anxiété qu'on peut ressentir face à ce désordre.

Une fuite en avant, donc. Comme si rien d'autre n'avait d'importance. Lire, dévorer des mots, tourner les pages d'un livre ou les écrans de ma liseuse. Pierre R, avec qui j'échange mes lectures chaque mois dans une section de mon site de notes de lecture, me rappelle souvent qu'il ne s'agit pas d'un marathon, que ce n'est pas la quantité qui compte, mais plutôt la qualité. Et il a bien raison, cet ami de longue date. D'ailleurs, il lit autant de livres que moi, et du plus lourd, du plus solide en plus, car il faut reconnaître qu'un roman d'Amélie Nothomb se lit en quarante-huit heures.

Thierry Crouzet, un blogueur que j'ai pris l'habitude de lire depuis plusieurs années, dans un billet intitulé Le courage de lire à l'ère numérique, écrit :

Le courage de lire revient à freiner au milieu de la descente pour observer le paysage pendant que le peloton s’éloigne. Oser le silence face au vacarme, la lenteur face à l’immédiateté. Refuser d’être un simple terminal de consommation pour redevenir le souverain de son propre imaginaire. Lire, c’est un acte de dissidence invisible, sans dossard ni ligne d’arrivée. C’est la garantie de rester humains.

Pour lui, la lecture n'est pas une fuite, mais un acte de courage. Dans son texte, il recourt à l'allégorie du push et du pull. Ce faisant, il établit une distinction fort pertinente entre, d'une part, ce que les réseaux sociaux et les médias nous imposent (push), et, d'autre part, à ce que nous allons chercher nous-mêmes en fonction de nos intérêts et de discussions entre amis, voire par la consultation d'autres sources, comme des ouvrages, et même certains sites Web (pull).

Personnellement, je ne carbure pas aux algorithmes de Babelio qui permettent de formuler des recommandations de lecture en fonction des évaluations (les fameuses cinq étoiles… que je déteste… mais j'en parlerai une autre fois). D'abord, je ne note pas mes lectures de cette manière. Quand j'aime un livre, j'en dresse une critique sans attribution de note. Quand je n'aime pas un livre, je n'en parle pas, c'est tout - par respect pour l'auteur qui a peut-être mis des mois à rédiger son ouvrage. Donc, mes suggestions de lecture ne me viennent pas de Babelio ou des réseaux sociaux. Elles viennent essentiellement de mes relations, de mes amis qui me parlent de ce qu'ils ont lu. Et parfois elles me viennent des auteurs eux-mêmes qui, dans leurs livres, citent d'autres auteurs, ce qui parfois éveille ma curiosité. Et je vous jure que je ne manque pas de quoi lire… Une vie n'est pas assez quand on aime la lecture. Et vieillir n'est pas un problème non plus. Tant qu'on peut lire…


Daniel Ducharme - billet 02 : 2026-03-04

Mots-clés : #lecture #littérature #réseauxsociaux