Je viens de terminer l'œuvre colossale de Robert Jordan, l'équivalent de vingt-huit volumes en livre de poche. Commencée en janvier 2025, j'y ai donc consacré quatorze mois. Certes, j'ai lu plein d'autres bouquins en même temps, mais n'empêche que je ressens un grand vide aujourd'hui. Franchement, Matrim Cauthon me manquera, plus que Rand Al'Thor, le dragon réincarné. J'ai vécu quatorze mois de ma vie avec ces gens-là. Il y a eu des moments, notamment autour des tomes dix et onze, où j'ai bien failli abandonner la lecture. Heureusement je ne l'ai pas fait parce que la fin de la saga est sublime ! J'ai lu les deux derniers tomes avec beaucoup d'intensité, me réveillant la nuit pour poursuivre ma lecture.
Je ne vais pas entreprendre la lecture d'une autre saga tout de suite, du moins pas sans prendre le temps de bien digérer tout ce que je viens d'avaler. Pour le moment, je lire des romans courts et des essais. Pas de fantasy. Du moins, pas ce mois-ci. On dira bien ce qu'on voudra, mais les hommes et les femmes ont besoin de héros pour endurer la médiocrité de leur existence. La plupart des gens se lèvent le matin, vont au boulot, placotent avec leurs collègues, bouffent des sandwichs ou font réchauffer les restes de la veille le midi, puis rentrent fatigués à la maison où ils doivent s'occuper des enfants, de la cuisine, du ménage pour enfin, quand tout est en ordre, se voir un film ou lire un livre qui les feront rêver. On sous-estime grandement l'importance de la fiction dans la vie quotidienne. Que ferions-nous sans les œuvres de fiction ? Serions-nous tous en mesure de vivre ainsi ? De supporter le quotidien ? Je pose la question, et je n'ai pas la prétention d'y apporter une réponse.
Robert Jordan, mort avant d'avoir terminé son œuvre, a écrit une saga impressionnante tant par ses dimensions que par sa complexité. Il est difficile de croire qu'il ait pu imaginer cet entrefilet d'intrigues depuis le début. Il fallait rédiger un plan précis, sinon il n'aurait pu y arriver. Le secret de sa réussite ? Sans doute ce récit à voix multiples : Rand, Mat, Perrin, Edwine, Nynaeve, Aviendha et Elayne. Car tout au long de l'œuvre, ces personnages ont tenu le premier rôle, soit dans un chapitre, soit dans un sous-chapitre. Au dernier tome, notamment pendant l'immense chapitre sur l'Ultime Bataille, les passages devenaient de plus en plus court, insufflant une dynamique haletante au récit principal.
En plus de ces personnages principaux, il y a aussi la configuration du monde : des pays, des peuples. Que serait La roue du temps sans les Aïels, ce peuple du désert qui joue un rôle essentiel, d'autant plus que Rand, citoyen de Deux-Rivières, serait né d'une mère aïelle. Chaque peuple a ses particuliers, ses traits propres, sa culture, sa civilisation. Et l'arrivée des Seanchaniens au milieu de parcours qui bouleverse le cours des choses.
J'écrirai bientôt une note de lecture plus substantielle sur cette œuvre. Pour le moment, j'écoute les trois saisons de la série télévisuelle disponible sur Prime... Une série d'inégale qualité. La seule recommandation qu'il est possible de faire : ne la regardez pas sans avoir lu les bouquins.
Jordan, Robert. La Roue du temps / traduit de l'anglais par Jean-Claude Mallé. Bragelonne, 14 vol., 2012-2022. [Les trois derniers tombes ont été écrits par Brandon Sanderson à partir des notes laissées par l'auteur après son décès.]
Daniel Ducharme - billet no 11 : 2026-04-19
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