Le carnet de Daniel Ducharme

Face à la mort

Quand on prend de l’âge, on ne peut évacuer la question de la mort de nos préoccupations. Certains ne s'en soucient pas, je sais. Ils la nient jusqu'à leurs derniers instants. Mais il est dommage d’agir ainsi, car, à mon sens, il s’avère infiniment regrettable de rater sa mort – comme si ce n’était pas assez d’avoir raté sa vie… Aussi, je pense à ma finitude plus souvent qu’avant.

Autour de moi, les personnes de la génération précédente tombent comme des mouches. Tous ceux et celles que nous voyions à la télévision, que nous entendions à la radio, que nous lisions dans les journaux, meurent les uns après les autres. Cela signifie que notre tour viendra bientôt. Plusieurs de mes amis auront 70 ans cette année. Pour ma part, je ne suis plus qu’à cinq ans du décès de ma mère, partie à l’âge de 74 ans. Normalement, cette imminence de la mort devrait me rendre plus solide, plus lucide, mais je ne suis pas certain que je le sois davantage, et je n'ai de leçon à donner à personne à ce sujet. Chacun de nous se comporte comme il peut face à l'inéluctable, sans jamais oublier que l'instinct de vie l'emporte souvent sur ces considérations sur la finitude.

Même si je parle souvent de la mort – et ce, depuis longtemps, au point que plusieurs amis me le reprochent –, cela ne signifie pas que je n’aime pas la vie. Non, j’aime la vie, mais j’aimerais la quitter – puisque tôt ou tard, il le faudra bien – dans la dignité. J’avoue qu’il m’arrive d’avoir envie de partir avant l’heure. En effet, il me semble que tout ce que je pourrais faire, dans les années à venir, ne servira à rien, car il est trop tard pour entreprendre des grands projets. Et puis la maladie finira bien par frapper à ma porte. À quoi bon continuer à vivre dans ces conditions-là ? Après tout, ne serait-il pas plus agréable de se glisser tout doucement dans le Grand Néant ?

Non, je ne le crois pas. Car l y a toujours cette envie de connaître qui étincelle en moi, comme une petite flamme qui ne veut pas s’éteindre. Écrire quelques mots, lire un bon livre, rêver que je séduis de nouveau une femme (même si c'est hautement improbable), prendre une marche dans le quartier (même si j’ai envie d’être ailleurs). Bref, je tiens à la vie, c’est évident, et en conséquence, je ne suis pas prêt à mourir. Serais-je du genre à m’accrocher jusqu'à la dernière extrémité ? Que Dieu m’en préserve…

La mort fait partie de la vie, il est courant de le dire. Ça signifie qu’elle ne s’oppose pas à la vie elle-même, mais plutôt à la naissance. La mort est un point d’arrivée, un point de chute, que la route soit longue ou pas. Elle est inéluctable, personne n’y échappe, les riches comme les pauvres, les Palestiniens comme les Américains. Certains meurent jeunes, d’autres meurent vieux, trop vieux sans doute. Mais tous finiront pas passer à la caisse. La Grande Faucheuse n'épargnera personne.

En conséquence, il est sage de s’y préparer. Non seulement sur le plan pratique (testament, volonté, disposition), mais également sur le plan spirituel. Toutefois, même s'il s'agit parfois d'un lieu commun, l'approche du un jour à la fois (le fameux carpe diem) peut s'avérer utile aux personnes plus âgées. Personnellement, j'ai du mal à vire ainsi, car je n'aime pas vivre sans projet. Alors, pour y remédier, pour donner le change, je fixe des échéances à plus court terme… Et ça me va.

Chacun se débrouille comme il peut avec ce qui vient - inéluctablement.


Daniel Ducharme - billet no 7 : 2026-03-30

Mots-clés : #existence #mort #vieillesse