Le carnet de Daniel Ducharme

Arrivée à Moroni

Le 25 mars 1988, il y a exactement trente-huit ans, je descendais de l'avion qui s'était posé à l'Aéroport Hahaya de Moroni, Comores. Il faisait chaud et humide, et j'étais trempé de sueur avec mon veston-pantalon-cravate - que je n'ai plus porté souvent par la suite. La veille, j'avais pris un vol en soirée, mais l'avion était resté cloué au sol pendant trois heures pour des raisons techniques. Puis nous nous sommes envolés pour redescendre à Nice (je n'ai jamais compris pourquoi), à Djedda (Arabie Saoudite), à Dar-es-Salam (Tanzanie), et enfin à Moroni, capitale de la République islamique des Comores.

De l'avion nous sommes descendus directement sur la piste. Une chaleur accablante dès mon arrivée, avec un air chargé d'humidité. Cas Remmers, le représentant du CECI, m'attendait. Il a rapidement pris les choses en main, fendant la foule en scandant "coopération canadienne". À mes côtés, il a rapidement présenté mon passeport aux autorités aéroportuaires, puis il a pris livraison de mes bagages - quatre poches de type militaire remplis de toutes sortes de choses, dont beaucoup ne m'ont servi à rien… Puis je suis monté dans le VUS 4 x 4 du CECI pour prendre la route en direction de Moroni, située à une vingtaine de kilomètres au sud.

Tout de suite je fus émerveillé par ce qui se présentait à ma vue. Sur la route, parfois en mauvais état, se succédaient des villages avec des enfants, des femmes revêtues de châles multicolores (leso), des hommes en tunique blanche (kandzu), et tout cela au milieu des chèvres, des bâtiments en dur et en double tôle, parfois même des paillottes. La mer, omniprésente, s'étendait à notre droite.

Ma maison se trouvait à Zilimadjou, un quartier au sud, dans un domaine appartenant à une famille, celle du cheikh Hahaya. La maison se situait dans ce domaine, juste de biais avec celle de Martin Bouchard, un coopérant canadien originaire de La Baie (Saguenay) marié à une Comorienne (Amina). C'est chez lui que j'ai mangé mon premier repas, que j'ai passé ma première nuit. Le soir, malgré ma fatigue, je les ai accompagnés à La Grillade, un restaurant au bord de la mer, près de la rue des Ambassadeurs. Un lieu magnifique, une immense terrasse en fait. Nous nous sommes assis. Au-dessus de nous, un ciel étoilé et, comme musique, Lady in red de Chris de Burgh.

Autour de la table étaient réunies plusieurs Québécois : Martin, Yves et Latufa, John Dunphy, qui allait devenir mon ami pendant les deux ans que je passerai sur cette île, Michel et Pauline, et quelques autres qui n'ont laissé aucune marque durable dans ma mémoire.

De retour chez Martin, je me suis vite mis au lit. Il faisait chaud, mais ça allait. Tout comme j'allais vite m'habituer aux petits lézards sur les murs de la chambre. J'ai dû m'endormir assez vite, en me disant que j'y étais, et que c'est ici que je passerais les deux prochaines années de vie, des années qui allaient à tout jamais changer ma vie. Car je savais déjà qu'il y aurait un avant et un après.


Daniel Ducharme : 2026-03-25

Mots-clés : #existence #souvenirs