J'ai 69 années de vie, c'est un fait avéré, de sorte que j'entre de plain-pied dans ma soixante-dixième année. Je m'étonne d'avoir vécu si longtemps, d'être si vieux. Pourtant, jusqu'à tout récemment, je n'avais pas cette impression. Puis je me souviens des prêtres que je côtoyais à l'archevêché, un lieu où j'ai travaillé pendant quelques années après ma supposée retraite d'un service public. Là, j'ai constaté à plus d'une reprise qu'après l'âge de 70 ans le déclin du corps s'accélérait. Mon patron, un homme que j'aimais beaucoup, venait d'atteindre 71 ans quand un cancer s'est déclaré ; il est mort une année plus tard. Cette mort n'était pas prévisible, mais la prévisibilité n'existe plus après soixante-cinq ans. D'où la rengaine assommante des un jour à la fois, demain est un autre jour, etc.
Je sais que la mort viendra, je le sais depuis longtemps, mais là je ne fais pas que le savoir : je le sens. J'entre donc dans la décennie ultime, comme on dit dans le milieu des technologies. Si je pouvais tenir jusqu'à 77 ans, l'âge où on ne peut plus lire les Tintin, je m'en estimerais satisfait. Je ne cherche pas à vivre au-delà de la prochaine décennie. Mais je suis conscient que l'envie de vivre est forte, comme le démontre Marie Laberge dans Dix jours, un roman que je viens de lire, notamment pour intégrer dans un club de lecture de mon quartier. L'envie de vivre est forte, donc, plus forte qu'acceptation de notre finitude, parfois. En conséquence, je ne profèrerai pas d'affirmations péremptoires sur le fait de vivre au-delà de la limite raisonnable. La vie, on l'aime à mort. Et on la vit jusqu'au bout.
Bon, une fois qu'on a dit ça, il ne reste plus qu'une chose à faire : vivre notre vie, regarder devant, continuer à faire ce qu'on a toujours fait, même si on le fait plus lentement qu'avant. En vérité, c'est la seule façon de vieillir, la seule façon de vivre. Comme le rappelle Simone de Beauvoir dans son essai majeur sur la vieillesse (Gallimard 1970), il importe de « poursuivre des fins qui donnent un sens à notre existence » et ce, quel que soit notre âge. Malheureusement, bien des jeunes n'y arrivent même pas… Alors, qu'en est-il des vieux ?
Dans un billet de la catégorie mots que vous pouvez lire sur mon blogue principal, je me suis exprimé sur la vieillesse. Si le sujet vous intéresse, allez y jeter un œil.
Je sais que plusieurs de mes lecteurs - des ami-e-s pour la plupart - me désapprouve quand j'écris sur la vieillesse et la finitude, un mot plus joli pour parler de la mort. Aussi, je vais éviter d'en faire un sujet récurrent dans ce carnet que je lance aujourd'hui. N'empêche que les anniversaires de naissance se prêtent bien à cette discussion, non ? Après tout, on souligne le passage des ans par une fête, non ? Pour chacun d'entre nous, ça constitue un moment privilégié, un moment qui n'appartient qu'à nous, une occasion de recevoir un peu d'affection de la part de nos proches. Même s'il s'avère vain de dissocier l'événement anniversaire de la finitude, continuons à en faire une fête. Et ça ira très bien comme ça.
Daniel Ducharme - billet 01 : 2026-03-02
Mots-clés : #existence #vieillesse